229 - Lésions viscérales de mammifères et oiseaux, exposés aux agents de dermatite cercarienne humaine.
Visceral lesions in mammals and birds exposed to agents of human cercarial dermatitis.
Bayssade-Dufour Ch, Vuong PN, René M, Martin-Loehr C & Martins C
Depuis quelques années, un nouveau problème de parasitologie humaine, celui de la dermatite cercarienne, est apparu, lié au séjour prolongé d'oiseaux migrateurs sur notre territoire. Cette dermatite est une affection cutanée papuleuse prurigineuse se manifestant après pénétration de cercaires de bilharzies aviaires, sous la peau. Ces larves sont souvent émises par des limnées. Chez les oiseaux aquatiques, dont des Anatidae migrateurs, elles parviennent aux vaisseaux des viscères, y deviennent adultes, pondent des ufs et dégénèrent. Les miracidiums correspondants contaminent de nouvelles limnées. En France, depuis 1993, le nombre total de cas annuels de dermatite cercarienne est passé d'une dizaine à plusieurs milliers, sur des points d'eau réunissant limnées, oiseaux et baigneurs. Certains cas s'accompagnent de fièvre, manifestations allergiques systémiques, respiratoires ou digestives. Ils ont incité à entreprendre des recherches sur le devenir des larves de bilharzies dans l'organisme des mammifères. Une première investigation a montré qu'après pénétration sous la peau d'un rongeur, les larves migrent vers les poumons, y survivent une semaine et y induisent des lésions. Le but du présent travail est de poursuivre les recherches sur une plus longue durée après exposition aux cercaires, conjointement sur mammifères et oiseaux, pour deux espèces de bilharzies présentes en France. Le modèle mammifère choisi est Meriones unguiculatus, les modèles oiseaux sont les canards Anas platyrhynchos et Cairina moschata.<br>Cinq M. unguiculatus et deux A. platyrhynchos sont exposés aux furcocercaires de mollusques Radix auricularia. Deux M. unguiculatus et cinq A. platyrhynchos aux furcocercaires de R. peregra. Trois C. moschata, à celles des deux espèces, R. auricularia et R. peregra. Cinq mérions sont sacrifiés entre 2 et 5 semaines après exposition, deux autres, sacrifiés plus précocement, servent de témoins pour les manifestations cutanées. Huit canards sont sacrifiés entre 2 et 4 semaines après; les deux derniers sont sacrifiés respectivement 7 et 13 semaines après. Les prélèvements de viscères et de peau sont soumis à l'examen histologique.<br>Les mérions témoins montrent des signes de dermatite. L'exposition des canards aux cercaires de R. auricularia permet l'obtention de Trichobilharzia franki, à localisation mésentérique. L'exposition des canards aux cercaires de R. peregra permet l'obtention d'une espèce indéterminée, à localisation pulmonaire, appelée bilharzie sp. L'exposition de canards aux deux espèces de larves, permet d'obtenir des vers dans les deux localisations principales. Chez les mérions exposés à T. franki, des lésions se développent dans les veines mésentériques et le péritoine. Chez ceux exposés à bilharzie sp., elles se développent dans les artères pulmonaires, la plèvre et les veines hépatiques. Les vaisseaux montrent des lésions d'endothélite, de vascularite lymphocytaire, et les séreuses, une hyperplasie mésothéliale. Chez les canards, les vaisseaux et séreuses des régions homologues montrent des lésions de même type. Il s'y associe des granulomes à corps étranger et des thromboses. Les canards ont, en outre, des lésions intéressant d'autres organes dont les reins, les nerfs etc. Chez les canards exposés aux deux espèces de bilharzies, les lésions sont diffuses. Chez les mérions, les lésions viscérales persistent 2 à 5 semaines après l'exposition, mais aucun ver n'est trouvé dans les tissus voisins. Chez les canards, les lésions s'observent 2 à 7 semaines après l'exposition, ainsi que des vers vivants ou morts. Les lésions hépatiques s'estompent vers la 13e semaine. Chez les mammifères comme chez les oiseaux, les jeunes vers migreraient dans les vaisseaux des viscères, y stimulant la formation de lésions persistantes. Une question se pose: y a-t-il une atteinte viscérale chez l'homme par les bilharzies aviaires?
Over the past few years, the cercarial dermatitis has become a new problem of public health, obviously linked to the prolonged stay of migrant birds on our territory. This is a skin affection characterized by pruriginous and papulous eruptions caused by penetration of avian bilharzian larvae under the skin. These larvae are emitted by molluscs, mostly limneids. In aquatic birds, especially in migrating Anatidae, these larvae reach the visceral vessels, become adults in a few weeks, lay eggs, then degenerate. Corresponding miracidia contaminate new limneids. Since 1993, the total number of annual cases of cercarial dermatitis has increased from only ten to thousands in France and the affection rages in pools where limneids, migrating water birds and swimmers gather together. Fever, respiratory and/or digestive allergic symptoms appear in some cases. This clinical pattern has encouraged to undertake research on the future of these bilharzian larvae in mammals organism. A preliminary investigation on a rodent model showed that, once the skin barrier had been crossed, the schistosomulae migrated into the lungs of the host; there they survived a week and induced lesions. The goal of this study is to carry on the research, over a longer period, after exposure to cercariae, simultaneously in mammals and birds, with two species of bilharziae present in France. The selected models are the gerbil Meriones unguiculatus for mammals, and the ducks Anas platyrhynchos and Cairina moschata, for birds.<br>5 M. unguiculatus and 2 A. platyrhynchos were exposed to cercariae emitted by Radix auricularia; 2 gerbils and 5 A. platyryhnchos to larvae of R. peregra, 3 C. moschata to larvae emitted by two species of molluscs: 70-230 from R. auricularia and 330-585 from R. peregra. 5 gerbils died between 2 and 5 weeks after exposure, 2 gerbils sacrificed early, served as control animals for skin manifestations. Eight ducks were sacrificed between 2 and 4 weeks after; the 2 last ones, exposed several times, were sacrificed respectively 7 and 13 weeks after the first exposure. Visceral and skin samples were submitted to histological study.<br>The control gerbils developed skin dermatitis. In ducks, R. auricularia was the vector of Trichobilharzia franki, whose selective dwelling site was the mesentery; R. peregra was the vector of an indeterminate species found in the lungs and nose. This species is called Bilharzia sp. in this study. The ducks, exposed to two kinds of larvae, displayed worms in these two main locations. In gerbils, T. franki induced lesions in the mesenteric veins and the peritoneum. Bilharzia sp. gave rise to lesions in lung arteries, pleura and liver veins. Vascular changes encompassed endothelitis and lymphocytic vasculitis, while serosa displayed mesothelial hyperplasia. The types of lesions observed in gerbils were noticed in ducks, and, according to the species of bilharzia, in the homologous viscera. Additional foreign body granulomas centred on worm's debris or their eggs, and vascular thromboses were present, too. In addition, ducks displayed lesions involving several other viscera including the intestine, the kidneys and the peripheral nerves. These changes were multiple and diffuse in C. moschata exposed to two species of bilharziae. They were observed mainly in mesenteric and intestinal vessels, pulmonary arteries and hepatic veins. In gerbils, the lesions persisted 2 to 5 weeks after exposure, but worms were not identified in the neighbouring tissues near the damaged vessels. In ducks, lesions were important between 2 and 7 weeks after exposure; they co-existed with live or dead worms, sometimes paired, with or without eggs. The hepatic lesions regressed 13 weeks, after exposure. In mammals and birds, young worms could migrate into the same visceral vessels, and stimulating formation of persistent lesions. In individuals exposed to the same cercariae, development of similar lesions would be probable.
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