Une étude préliminaire suggère qu'en 1999 la prévalence des souches résistantes à la chloroquine (test in vitro et génotypage Pfcrt76) dépassait 80 % dans la ville de Djibouti (B. Pradines & C. Rogier, données personnelles). Aucune donnée n'existe cependant sur l'efficacité clinique de la chloroquine qui est toujours le traitement recommandé en première ligne. L'association sulfadoxine-pyriméthamine et l'amodiaquine sont peu utilisées à Djibouti. Il est donc urgent d'évaluer l'efficacité des molécules utilisées à Djibouti dans le cadre du programme national de lutte contre le paludisme. La structure des populations plasmodiales circulant à Djibouti est mal connue. Le niveau de transmission est bas, probablement très inférieur à une piqûre infectante par personne et par an, et limité à des foyers géographiquement circonscrits. Cette situation se traduit classiquement par une clonalité ou une oligoclonalité des souches transmises et devrait avoir pour conséquence l'implantation aisée de souches à haut niveau de résistance. L'analyse de marqueurs génétiques microsatellites sur des échantillons prélevés à Djibouti en 2002 (C. Rogier, données personnelles) suggère qu'il existerait un apport non négligeable de souches venant d'autres zones d'endémie et que leur diffusion/implantation à Djibouti s'effectuerait de façon rapide sous la forme de microépidémies. L'origine la plus probable des souches est l'Éthiopie (chemin de fer, noria de camions, migrations saisonnières). Si tel est le cas, l'implantation de souches polychimiorésistantes pourrait rapidement rendre dramatique la situation du paludisme à Djibouti. Il apparaît nécessaire de mieux comprendre cette épidémiologie et d'évaluer l'utilité d'un réseau national (maillage régional) de surveillance de la résistance.

Les objectifs de ce projet et la méthodologie proposée sont :

1. Évaluer et comparer in vivo l'efficacité thérapeutique de la chloroquine, de l'amodiaquine et de la sulfadoxine-pyriméthamine pour le traitement des accès palustres simples à Plasmodium falciparum dans la ville de Djibouti selon la procédure OMS 2001.
2. Évaluer les taux de prévalence des marqueurs génétiques de résistance à la chloroquine (Pfrri76) et à la sulfadoxine-pyriméthamine (pfdhfr codons 16, 51, 59, 108 et 164 & pfdhps codons 436, 437, 540, 581 et 613) dans la ville de Djibouti et dans les principaux foyers de paludisme de la République de Djibouti.
3. Analyser la structuration des populations de Plasmodium falciparum à l'aide de marqueurs génétiques microsatellites dans la ville de Djibouti et dans les principaux foyers de paludisme de la République de Djibouti.

Les résultats attendus permettront :
1. De disposer des informations nécessaires aux responsables du programme national de lutte contre le paludisme pour adapter la prise en charge des accès palustres simples à Djibouti.
2. D'apprécier le risque d'installation rapide de polychimiorésistance en comparant les données moléculaires recueillies au cours de cette étude à celles recueillies en 1999 et 2002.
3. De proposer un maillage adapté pour un réseau de surveillance de la chimiosensibilité du paludisme à Djibouti.