Albert CALMETTE (1863-1933)

Membre fondateur et second prŽsident de la SociŽtŽ, il succŽda ˆ Alphonse LAVERAN en 1920.

NŽ ˆ Nice le 12 juillet 1863, il entra dans le service de santŽ de la marine et demanda, en 1890, ˆ passer dans le corps de santŽ des troupes coloniales nouvellement crŽŽ. Aprs un stage ˆ lÕInstitut Pasteur, il fut chargŽ dÕaller fonder, ˆ Sa•gon, un institut antirabique et le premier laboratoire tropical de microbiologie, trs vite devenu, ds janvier 1891, une filiale de lÕInstitut Pasteur, la premire, peu aprs la fondation de la maison mre (1888). Il y mit au point un vaccin antivariolique adaptŽ au bufflon qui, en deux ans, permit de vacciner 500000 personnes, et il y dŽveloppa la sŽrothŽrapie antivenimeuse. RentrŽ en France, on lui confia, en 1895, la crŽation de lÕInstitut Pasteur de Lille, filiale de Paris, et lÕenseignement de la bactŽriologie ˆ la facultŽ de mŽdecine de cette mme ville o il fut nommŽ, en 1898, professeur titulaire. Fidle aux conceptions de L. PASTEUR, il dŽveloppa ses travaux commencŽs ˆ Sa•gon sur les levures chinoises qui intŽressaient les brasseurs et distillateurs lillois, ainsi que ses recherches sur la sŽrothŽrapie antivenimeuse . Il y ajouta la vaccination anti-pesteuse mixte, cÕest-ˆ-dire lÕutilisation simultanŽe de bacilles tuŽs et de sŽrum anti-pesteux, quÕil appliqua avec succs ˆ Porto, secondŽ par A. SALIMBENI, lors de lՎpidŽmie de 1899. La tuberculose devait occuper tout le reste de son existence; il en poursuivit lՎtude, malgrŽ lÕoccupation de Lille de 1914 ˆ 1918 et la prise de sa femme comme otage par les Allemands.

RappelŽ par ƒmile ROUX, en 1919, ˆ lÕInstitut Pasteur, ˆ Paris, pour le seconder ˆ la direction, il y resta jusquՈ sa mort, en 1933 et y acheva, avec Camille GUERIN, la mise au point du vaccin biliŽ antituberculeux dit BCG.

Dans son ŽpopŽe coloniale de la France, citŽe par A. DODIN, Arthur CONTE fait ainsi son portrait : Į humanisme absolu, gŽnie de pionnier avec le style le plus sobre, bonheur dÕavoir auprs de soi sa fidle compagne capable de nourrir lÕespoir, de consoler les dŽconvenues, dÕune bontŽ immense pour tous les indignesÉ Č (37, 49, 75).

 

NŽcrologie parue dans le Bulletin de la SPE (1933, T26-11)

 

 

La nouvelle si inopinŽe de la mort du savant qui a prŽsidŽ nos sŽances de 1920 ˆ 1924 a produit une Žmotion profonde dans le monde entier et tout particulirement parmi les membres de notre sociŽtŽ qui avaient pu apprŽcier sa simplicitŽ et ses brillantes qualitŽs et Žtaient tous ses admirateurs et ses amis.

 

La vie de Calmette est un modle ˆ donner aux jeunes chercheurs: nŽ ˆ Nice le 12 juillet 1863, il entre, ˆ l'‰ge de 20 ans, dans le service de santŽ de la marine et fait, comme mŽdecin, la campagne de Chine avec l'amiral Courbet, puis une expŽdition de dix mois en Afrique Žquatoriale et enfin un sŽjour de deux ans ˆ Terre-neuve et aux ”les de Saint-Pierre-et-Miquelon. Il demande, en 1890, ˆ passer dans le corps des troupes coloniales et ˆ faire un stage ˆ l'Institut pasteur. La direction sut rapidement apprŽcier ses solides connaissances scientifiques et le chargea d'aller fonder ˆ Saigon un Institut antirabique et un centre d'Žtudes scientifique o, tout en assurant le service de la rage et de la variole, il poursuivit diverses recherches sur la dysenterie, les venins des serpents et les levures chinoises.

 

En 1895, deux ans aprs son retour en France, Calmette est chargŽ de fonder un Institut Pasteur ˆ Lille o l'UniversitŽ l'accueille, et lui confie, en 1896, la charge des cours de bactŽriologie et, en 1898, le nomme professeur titulaire.

 

Les travaux effectuŽs sur les levures chinoises attirent l'attention des brasseurs et distillateurs lillois auxquels Calmette rendit des services aussi immenses que dŽsintŽressŽs qui eurent pour rŽsultat d'assurer d'importantes ressources fournies par ces industriels au nouvel Institut. Calmette avait, en effet, isolŽ des diverses moisissures constituant les levures orientales, une espce nommŽe Amylomyces rouxii (=Mucor rouxii ou Mucor rouxianus), ayant la propriŽtŽ de sŽcrŽter des diastases et des zymases permettant la transformation de l'amidon en sucres, puis en alcool, reprŽsentant plus de 5% des fŽculents utilisŽs.

 

C'est ˆ Lille que Calmette fit les premires dŽcouvertes qui contriburent le plus ˆ sa notoriŽtŽ. Il dŽmontra, en effet, qu'il Žtait possible de confŽrer ˆ l'homme et aux animaux, contre la morsure des Cobra, une immunitŽ solide, en utilisant des sŽrums antivenimeux. Ces remarquables rŽsultats avaient ŽtŽ facilitŽs par la dŽcouverte, faite par C. Phisalix et Gabriel Bertrand, en 1894, de l'attŽnuation du venin de vipre par la chaleur. Ces auteurs avaient en effet Žtabli que le venin de Vipre possde des propriŽtŽs gŽnŽrales des toxines microbiennes et, en particulier, la propriŽtŽ de donner naissance, dans le sang des animaux inoculŽs, ˆ des substances antivenimeuses.

 

Au cours de l'ŽpidŽmie de Porto, en 1899, Calmette employa avec succs la vaccination antipesteuse mixte, crŽŽe par lui en utilisant simultanŽment des bacilles tuŽs et des sŽrums antipesteux.

 

La tuberculose, contre laquelle il avait essayŽ dŽjˆ de lutter ˆ Lille, devait occuper tout le reste de son existence. Il en poursuivit l'Žtude malgrŽ l'occupation de Lille de 1914 ˆ 1918 et le cruel dŽpart de sa femme, prise comme otage par les Allemands.

 

C'est en dŽcembre 1900 que j'eus l'occasion de le voir pour la premire fois et de lui rendre visite dans le nouvel Institut qu'il avait su crŽer ˆ Lille. Je me souviens encore avec Žmotion du charmant accueil qu'il me fit et des judicieux conseils qu'il me donna pour effectuer dans de bonnes conditions hygiŽniques la traversŽe de l'Afrique que je devais entreprendre quelques jours plus tard avec mon regrettŽ chef de mission, le Vicomte du Bourg de Bozas.

 

En 1919, rappelŽ ˆ l'Institut pasteur de Paris pour y occuper le poste de sous-directeur, Calmette s'entoure de dŽvouŽs collaborateurs et se consacre ˆ la recherche d'un vaccin contre la tuberculose. Il Žtudie le comportement des germes ultra-microscopiques dŽcouverts par Fontes, au BrŽsil, en 1910, et constate qu'ils traversent facilement le placenta. D'autre part, des Žtudes multiples ayant Žtabli l'impossibilitŽ de vacciner contre la tuberculose par les procŽdŽs utilisŽs dans le cas d'autres maladies, Calmette pense ˆ l'utiliser des germes vivants attŽnuŽs. Avec GuŽrin, aprs treize ans de recherches, il obtient enfin, sur des pommes de terre imbibŽes de bile de boeuf glycŽrinŽe, une souche ayant perdu toute virulence et ayant conservŽ ses propriŽtŽs vaccinantes. Aucun des procŽdŽs utilisŽs pour exalter la virulence des germes ne peut arriver entre les mains de nombreux expŽrimentateurs ˆ faire rŽcupŽrer au BCG la virulence qu'il a perdue et le vaccin peut alors tre utilisŽs en toute sŽcuritŽ en mŽdecine prŽventive humaine et vŽtŽrinaire.

 

La dŽcouverte de ce mode de lutte contre la tuberculose est l'oeuvre capitale de la vie laborieuse de Calmette. Elle fait le plus grand honneur ˆ la France puisqu'un de ses fils a pu lŽguer ˆ l'humanitŽ de sui puissants moyens de dŽfense contre les maux qu'elle doit combattre.

 

Les immenses services rendus par Calmette ˆ la science ont ŽtŽ reconnus par toutes les sociŽtŽs savantes franaises et Žtrangres qui ont tenu ˆ le compter pari ses membres. Il Žtait en particulier membre de l'Institut de l'AcadŽmie de mŽdecine et grand croix de la LŽgion d'Honneur.