Émile Brumpt
(1877-1951)

Nécrologie
parue dans le Bulletin de la SPE (1951, T44)

 

Mes chers Collègues,

Je suis profondément attristé par le devoir de rappeler ici, que le 8 juillet dernier, notre très éminent et admiré Collègue, le Professeur Émile Brumpt, est décédé.

Né à Paris, le 10 mars 1877, Émile Brumpt y poursuit ses études de licence ès sciences naturelles, puis de médecine; en 1901, il soutient sa thèse de doctorat ès sciences naturelles. Dès 1899, il est préparateur de la chaire de zoologie Médicale de la Faculté de médecine de Paris, dont, en 1907, il devient le professeur agrégé; quelques années plus tard, il succède comme professeur titulaire à son Maître, Raphaël Blanchard. Vous savez tous comment il transforme cette chaire, de solide réputation, certes, mais, qui devient avec lui, un centre mondial de recherches parasitologiques, plus particulièrement orientées vers la parasitologie des maladies tropicales. Il était en même temps l'animateur de l'Institut de médecine coloniale et de l'École de malariologie, fondée par lui en 1926.

Depuis près de deux ans, à notre Collègue qui fut un grand voyageur, la névraxite, séquelle probable de l'infection accidentelle par le virus de la fièvre pourprée des Montagnes Rocheuses, contractée à son laboratoire, interdisait tout déplacement. C'est le jour de son jubilé scientifique, le 21 octobre 1948, que nous le vîmes, hors de chez lui, pour la dernière fois. En cette occasion mémorable, dans un amphithéâtre de la Faculté de médecine de Paris, les représentants des Sociétés de pathologie tropicale d'Anvers, de Bâle, de Londres, ceux de notre Société dont il fut, en 1931, le Président élu par acclamations, les délégués de nombreuses Académies et de Facultés de médecine étrangères, ceux de l'Académie de médecine de Paris, de l'Académie des sciences coloniales, de l'Académie vétérinaire, de la Société de biologie, etc., réunis à sa famille, à ses collègues, ses élèves, ses amis lui manifestèrent en longues ovations – vous vous en souvenez – leurs sentiments d'admirative affection.

Que, d'Émile Brumpt, notre mémoire nous rappelle l'explorateur audacieux, qu'elle le figure à nos yeux interrogeant son microscope, qu'elle éveille en nous les échos de sa voix, captivant un auditoire d'étudiants, il reste toujours et partout l'homme simple, ardent, enthousiaste, entier mais affable, de pensée claire, de regard direct, que les années de Sorbonne nous avaient fait connaître et aimer.

À cette époque lointaine, la personnalité d'Émile Brumpt s'imposait déjà à ses camarades d'études. Je l'entends encore aux conférences du samedi soir, instituées par Lacaze-Duthiers et conduites par les étudiants eux-mêmes, nous surprenant par son élégance verbale, sa maîtrise du sujet traité, l'autorité de son exposition, enfin, déjà, par son érudition; elle lui permettait de mettre en valeur certaines particularités d'anatomie ou de systématiquement négligées par nos Maîtres eux-mêmes. De telles qualités n'échappaient pas à ces derniers; aussi, Lacaz-Duthiers attachait-il à son laboratoire, le jeune licencié dont la vocation de zoologiste s'affirmait.

On peut dire qu'Émile Brumpt, travailleur opiniâtre, ne s'est, dans sa vie, jamais reposé : il avait le culte et la joie du travail, tous ses instants ont été donnés sans mesure à l'épidémiologie des affections tropicales; il en acceptait d'avance tous les périls, il en fut plusieurs fois victime.

L'impotence physique de se dernières années, n'avait pas réussi à courber le front énergique de ce réalisateur, dont la vigueur intellectuelle ne fut jamais atteinte. Ainsi, c'est au cours de ses longues heures d'immobilité qu'il a mis au point la 6e édition de cet ouvrage considérable, modestement appelé Précis de parasitologie (1949). Dans cet ouvrage, de réputation mondiale, s'affirment ses brillantes qualités de naturaliste, de médecin et de pionnier de la recherche médicale, en pays tropicaux.

L'œuvre d'un savant d'une telle envergure ne s'expose pas en quelques phrases. Notre Société se réserve de la magnifier en son temps. Par la mort d'Émile Brumpt, la Société de pathologie exotique de Paris, perd l'un de ses membres les plus illustres.