Médecin-Général Marcel Vaucel
(1894-1969)

Discours de remise de la Médaille d'Or de la SPE
(par M. François Blanc)

Mon Général,

Mon cher Maître,

Dans sa séance de juin 1967, à l'unanimité, le Conseil de la Société des pathologie exotique a décidé de vous décerner sa Médaille d'Or. Ce fut un choix facile, sans discussion; votre vie, vos travaux, vos titres imposaient cette distinction qui a été accordée six fois à des médecins étrangers, cinq fois à des médecins français, dont deux qui appartenaient au corps de santé des troupes coloniales.

Vous êtes né à Brest le 16 janvier 1894, fils d'un médecin de la Marine. Vous n'avez jamais envisagé qu'il pût exister d'autres carrières que celle de la médecine d'Outre-mer.
Élève du Service de santé de la Marine à Bordeaux, concours de 1912, vous appartenez à la génération qui servit – les études médicales non encore achevées – pendant 4 années de guerre dans l'Armée navale. Vous revenez à Bordeaux en 1919, décoré de la Croix de Guerre avec Palme, pour y achever vos études et c'est en 1920 le départ pour l'Outre-mer :
– Maroc en guerre 1920-1922;
– Mauritanie 1923-1925;
– vous suivez à l'Institut Pasteur de Paris le grand cours de 1925 à 1926. Vous êtes alors Médecin-Capitaine;
– Chef de Laboratoire à l'Institut Pasteur de Brazzaville de 1926 à 1928;
– puis vous revenez à l'Institut Pasteur de Paris de 1928 à 1929 dans le laboratoire du Professeur Mesnil. C'est là que je vous ai connu. Nous étions trois jeunes Médecins-Capitaines à suivre ce grand cours: Marneffe, Ott et moi-même. M. Girard était un ancien respecté, auréolé par ses travaux sur la peste. Paul Giroud, préparateur de M. Legroux, n'était pas encore possédé par le démon des Rickettsioses;
– vous retournez à l'Institut Pasteur de Brazzaville de 1929 à 1932 comme Directeur Médecin Commandant;
– puis, c'est l'Institut Pasteur d'Hanoï de 1933 à 1938. Chef de Laboratoire puis Directeur Médecin-Lieutenant-Colonel;
– de 1939 à 1942, Directeur du Service de Santé du Cameroun;
– enfin Directeur du Service de santé de l'Afrique Française Libre à Brazzaville de 1942 à 1944.
Nous savons tous dans le Corps de Santé Colonial combien votre attitude fut déterminante dans le ralliement de l'Afrique Équatoriale Française à la France Libre.
– Vous devenez Directeur du Service de santé des colonies dans le gouvernement d'Alger de 1943 à 1944 et vous resterez Directeur du Service de santé au ministère de la France d'Outre-mer à Paris jusqu'en 1950.
– En 1951, placé sur votre demande dans la Deuxième section de l'État-Major vous serez Inspecteur Général des Instituts Pasteur d'Outre-mer hors métropole jusqu'en 1967 où vous accédez à l'Honorariat.
Vous avez ainsi servi près de 40 années en Afrique et en Asie Tropicales avec de rares séjours dans la Métropole.

Votre œuvre scientifique est considérable. Celle d'un pastorien de la grande tradition. Vos contributions positives à la connaissance des grandes endémies et des maladies épidémiques tropicales sont des plus importantes, capitales dans certains domaines. Elles sont résumées dans plus de 100 communications, mémoires, rapports dans les congrès, ouvrages didactiques.
Il est peu de maladies africaines ou asiatiques sur lesquelles vous ne vous soyez penché en observateur attentif, en biologiste érudit, en expérimentateur ingénieux, en chercheur fertile.
La Trypanosomose Africaine à Trypanosoma gambiense vous a particulièrement retenu: répartition géographique de l'endémie, diagnostic clinique et biologique, thérapeutiques spécifiques.
Vous avez soumis aux analyses cytologiques et biochimiques le liquide céphalo-rachidien du trypanosomé et vous en avez tiré des applications remarquables : la division en deux périodes qui, si elles ne correspondent pas aux stades biologiques absolument, commandent aux thérapeutiques: le stade lymphatico-sanguin et le stade encéphalo-méningé sont des divisions dont la valeur pragmatique est encore indiscutée.
Vous avez consacré à la Trypanosomose plus de 20 articles ou mémoires.
Vous avez étudié le paludisme, cette grande maladie de base, en biologiste, en hygiéniste, en thérapeute, vous lui avez consacré 15 travaux et, à la demande de l'OMS, vous avez écrit deux monographies : Terminologie du Paludisme et Eradication du Paludisme.
La Mélioïdose, les Leptospiroses, le Typhus Murin, le Typhus Exanthématique, la Dysenterie Bacillaire vous ont sollicité en Indochine. Le premier vous avez soupçonné l'importance des leptospiroses en pathologie tropicale – ce que devait confirmer la guerre d'Indochine – et vous avez su apporter de l'origine tellurique de la Mélioïdose une démonstration ingénieuse.
Vous avez compris l'impérieuse nécessité de la vaccination BCG en Afrique Noire avant la grande expansion endémique d'aujourd'hui.
Pastorien, vous vous êtes naturellement penché sur la rage montrant l'identité du virus rabique de Brazzaville et du virus fixe de Paris.
Vous avez, avec Lwoff, étudié les infestations mixtes et les réaction immunitaires dans les Bartonelloses.
Je crois qu'il n'y a que l'Amibiase qui ne vous ait jamais sollicité et je n'en suis pas absolument sûr.
Votre monumental Traité de Médecine Tropicale en deux volumes et l'importante contribution à la Thérapeutique Médicale de Jean Cottet où vous avez écrit le chapitre des médications tropicales sont des ouvrages aujourd'hui classiques.

Ainsi, porté par vos travaux, vos recherches, vos activités professionnelles, vous avez accédé, tout naturellement, aux grandes instances médico-sanitaires nationales et internationales:
– Président de la Commission de la santé publique à la conférence Africaine de Brazzaville en 1944;
– expert et consultant de l'OMS vous avez présidé le Congrès de médecine tropicale de 1953 et effectué d'innombrables missions d'étude autour du monde;
– Président de la commission de la Lèpre au Ministère de la santé publique;
– membre de l'Académie des sciences coloniales;
– membre du Conseil supérieur d'hygiène publique;
– Président de la Société de pathologie exotique de 1962 à 1966;
– membre de l'Association des microbiologistes de langue française;
– Fellow honoraire de la Société royale de médecine tropicale et d'hygiène de Londres;
– membre associé de l'Académie royale belge des sciences d'Outre-mer;
– membre Honoraire de l'Académie de médecine de Lima (Pérou).

Cette magnifique carrière scientifique, médicale, militaire, administrative a été fertile, harmonieuse et homogène. Vous l'avez parcourue sans effort, comme en vous jouant, avec élégance.
Vous êtes un des rares Officiers Généraux du Corps de santé colonial qui, savant et technicien, soit arrivé à la Direction Générale.
Nul n'a jamais discuté de vos élévations et des multiples marques d'estime que vous avez reçues:
– Grand Officier de la Légion d'Honneur;
– Médaille d'Or des épidémies;
– Médaille de la Résistance;
– Commandeur de l'Ordre de Léopold;
– Dignitaire de nombreux Ordres Africains et Asiatiques.

Ceux qui ont servi sous vos ordres gardent le souvenir d'un chef courtois, calme, égal, juste, aux ordres précis et clairs, indulgent avec, parfois, la touche discrète d'une ironie sans méchanceté, un peu mélancolique quand l'incompréhension et la sottise vous heurtaient par trop.
Directeur du Service de Santé de 1943 à 1950, vous avez montré ce qu'était en vous l'homme profond, équilibré, sans passion, en ramenant la cohésion dans un Corps déchiré par les divisions nées de la Guerre, des Forces Françaises Libres, de la Résistance.
Vous avez su comprendre – et bien peu hélas l'ont su – que les affectations de nos Camarades dans le monde tropical ou en France ne pouvaient être tenues, a priori, pour des actes glorieux ou peccamineux et que la géographie seule avait commandé.
Votre carrière est belle, exemplaire, celle d'un savant, d'un soldat, d'un gentilhomme. Vous avez su faire naître des sentiments de respect, d'amitié déférente, d'admiration et chez quelques-uns, évidemment, d'envie mais sans amertume. Et je suis sûr ce soir d'être l'interprète de tous les Officiers du Corps de Santé Colonial, de ce Corps que vous avez si bien honoré en servant, comme vous l'avez fait, votre Pays, la Science, l'Humanité.

Le Président de la Société de pathologie exotique qui m'a donné de grandes joies m'a réservé ce soir la plus grande, celle de vous remettre la Médaille d'Or à l'effigie d'Alphonse Laveran que vous avez si bien méritée.


Nécrologie
parue dans le Bulletin de la SPE

 

Le 12 mai 1969 j'avais l'honneur de remettre au Médecin Général Inspecteur Marcel Vaucel la Médaille d'or frappée à l'effigie de Laveran que, d'un vote unanime, le conseil de la Société de pathologie exotique lui avait décernée.
C'était au siège de l'UNESCO. Les Journées d'information sur les zoonoses s'achevaient par cette consécration heureuse des mérites et des travaux d'un des meilleurs tropicalistes de notre génération.
Les privilèges du président me donnaient la joie de résumer les belles étapes d'une carrière féconde qui paraissait à tous bien loin encore de son terme. Mais Vaucel savait que ce terme était proche, que ses jours étaient comptés. Il connaissait depuis deux ans l'inexorable de sa maladie.
Dans sa réponse à mon allocution il fut le Vaucel de toujours, simple, élégant, voilant sa discrète émotion par cette touche d'ironie légère et de bon aloi qui n'appartenait qu'à lui.

Vaucel est mort le 9 septembre 1969. Cette fin brutale et inattendue d'un homme en pleine activité, au sommet de sa courbe présente à nos jugements un caractère d'injustice et d'absurdité.
Les desseins de Dieu sont impénétrables et il est d'une philosophie bien vaine que d'épiloguer sur un destin. Mieux vaut essayer de tirer la leçon exemplaire d'une vie riche de dons exceptionnels.

Vaucel, né le 16 janvier 1894, à Brest, fils d'un médecin de la Marine, fut naturellement orienté vers la médecine d'outre-mer.
Entré à l'École du Service de santé de la Marine de Bordeaux en 1912, il servit de 1914 à 1918 dans l'Armée navale et revint à Bordeaux en 1919 décoré de la Croix de Guerre avec Palme.
En 1920, les études médicales achevées, ce fut le départ Outre-mer et les séjours tropicaux se succédèrent à une cadence rapide:
Maroc en guerre de 1920 à 1922, sur les frontières des possessions espagnoles en pleine rébellion;
– Mauritanie de 1923 à 1925;
– 1925-1926, Grand cours de l'Institut Pasteur;
1926-1928, Institut Pasteur de Brazzaville, Chef de laboratoire;
– 1928-1929, Institut Pasteur de Paris;
– 1929-1932, Institut Pasteur de Brazzaville, Directeur;
– 1933-1938, Institut Pasteur de Hanoi, Chef de laboratoire. Directeur;
– 1938-1939, Guinée. Directeur du Service de santé;
– 1939-1942, Cameroun, création de la filiale pastorienne, déclaration de guerre;
– 1942-1943, Directeur du Service de santé de l'Afrique Française libre;
– 1943-1944, Direction du Service de santé des colonies du gouvernement d'Alger;
– 1944-1950, Direction du Service de santé du Ministère de la France d'Outre-mer;
– en 1951 placé sur sa demande dans la 2e section de l'État-Major;
– 1951-1967, Inspecteur Général des Instituts Pasteur d'Outre-mer puis Directeur Général des Instituts Pasteur hors métropole;
– Enfin Honorariat mais combien symbolique.

Vaucel a servi de 1912 à 1969 pendant 57 ans dont 40 hors de France, en Afrique, en Asie et au cours des deux grandes guerres.

Il est peu de chapitres de la pathologie africaine ou asiatique que Vaucel n'ai enrichis d'une contribution personnelle. Son œuvre est celle d'un biologiste, d'un clinicien et d'un hygiéniste toujours orientée vers l'application pratique.
La trypanomose africaine fut l'objet de ses études d'élection au Congo et au Cameroun.
Soumettant le liquide céphalo-rachidien des trypanosomés aux méthodes d'analyses cytologique, biochimique, biologique utilisées en neurologie il put envisager les deux étapes lymphatocio-sanguine et encéphalo-méningée qui, si elles ne correspondent pas absolument aux stades évolutifs de maladie commandent à leur traitement. Cette division toute pragmatique a conservé sa valeur comme les autres acquisitions positives dont nous lui sommes redevables dans les domaines de l'adaptation des trypanosomes animaux à l'homme, de la thérapeutique (Tryparsamide, Moranyl), des arséno-résistances, du choix du médicament spécifique.
Qu'avons-nous ajouté à ce bilan? L'électroencéphalographie et les diamidines à tire prophylactique que Vaucel ne pouvait connaître.
Sur le paludisme, partout présent dans les régions chaudes du monde, Vaucel s'est penché en hygiéniste chargé de la santé de vastes territoires.

Deux monographies de l'OMS sont son œuvre, simples et claires, faisant le point précis de questions souvent confusément exposées:
– terminologie du paludisme;
– éradication du paludisme.

Vaucel fut un des promoteurs de la vaccination systématique par le BCG étendue à toute l'Afrique Noire. Il eut, à Brazzaville, la vue prophétique du péril tuberculeux bien avant sa grande expansion actuelle.
Au Tonkin, leptospiroses et mélioïdose, jusqu'alors peu étudiées, offraient à sa sagacité de difficiles problèmes étiologiques et épidémiologiques. Il sut les résoudre. Reconnaissant d'abord que la leptospirose et très largement répandue dans toute l'Asie des moussons – ce que devait dramatiquement confirmer la guerre d'Indochine –, il isole, à côté de Leptospira icterohemorragiae, deux leptospires à potentialité pathogène extrêmement élevée, souches, hélas perdues avant leur identification.
Quant à la mélioïdose, maladie sporadique que sa gravité met à une place importante en pathologie humaine, il éclaira son épidémiologie par d'impeccables expériences mettant en avant le rôle des eaux et de la boue que suspectaient quelques cliniciens.

Pasteurien, Vaucel devait nécessairement étudier la rage – immense sujet mondialement prospecté et si riche encore d'inconnues. Il démontra à Brazzaville d'identité du virus local et du virus fixe de Pasteur.
La connaissance profonde de la fièvre jaune qu'il avait acquise en Afrique et en Amérique du Sud lui assura une autorité incontestée dans la création de l'Institut Pasteur de Bangui, destiné à l'étude à l'étude des arboviroses et dans l'édiction des mesures antiamariles à mettre en jeu à Dakar et en Ethiopie menacé par l'épidémie.

Enfin, Vaucel conduisait avec A. Lwoff dans le laboratoire de Félix Mesnil des études originales sur les bartonelloses de la souris.
Le virus spontané de l'animal normal et celui de l'animal splénectomisé sont deux variétés de Bartonella mursi différentes l'une de l'autre non par leur virulence, mais par leurs caractères immunologiques. Les Bartonella muris virulentes spontanées apparaissent chez la souris à la faveur d'infections mixtes à trypanosome ou à épérythrozoon. N'en serait-il pas de même chez l'homme dans la maladie de Oroya où Bartonella bacilliformis est peut-être associée à un épérythrozoon, vu, mais non identifié, par Noguchi.

Dans le domaine de l'hygiène, nous devons à Vaucel des rapports solides sur la condition de vie Outre-mer, l'effort humain sous les tropiques, l'action du Service de santé colonial.
L'œuvre dont nous venons de parcourir les principaux chapitres est exposée dans plus de cent communications mémoires, rapports dans les congrès.

Vaucel ne fut jamais chargé d'enseignement. Il n'occupa aucune chaire à l'École d'application de Marseille ou dans l'Université. Il croyait assez peu à la valeur de l'enseignement théorique de la médecine tropicale en France. L'expérience personnelle, lentement acquise Outre-mer, au laboratoire et à l'hôpital valant mieux à ses dires que la leçon théorique, souvent prononcée, en Métropole, par un tropicaliste tout occasionnel. Il est certain que cette opinion qui me paraissait excessive se confirme trop souvent aujourd'hui.

Son expérience personnelle, Vaucel nous l'a transmise dans son monumental Traité de Médecine Tropicale de 2.000 pages, devenu l'ouvrage de référence des étudiants et des tropicalistes de langue française dont il écrivit lui-même 62 chapitres.

Un exposé de l'œuvre de Marcel Vaucel serait bien incomplet s'il s'arrêtait aux seuls travaux du médecin. L'action du savant, du soldat et de l'administrateur sont indissociables.

Le 27 août 1940, le Cameroun se range sous l'autorité du Général De Gaulle. Faire entrer le Cameroun en guerre n'était pas une entreprise aisée comme le dira Orsini. Il n'existait dans ce territoire sous mandat aucune structure militaire, l'Armée y était réduite à une simple milice. Vaucel sut créer un Service de santé des troupes, une organisation territoriale et opérationnelle, des bases aériennes pour les forces du Tchad, une base de transit maritime.
Des difficultés plus grandes encore l'attendaient à Paris à la Direction du Service de santé de la France d'Outre-mer.
Le Corps de santé colonial déchiré par les dissensions créées par les dimensions mondiales de la deuxième Grande Guerre qui s'achevait était menacé dans son existence.
L'épuration, la loi de dégagement des cadres imposaient ou sollicitaient des mises à la retraite que beaucoup d'entre nous, lassés par d'absurdes injustices, souhaitaient.
La guerre d'Indochine rappelait l'Armée coloniale à sa mission.
Les colonies – le mot pouvait encore s'écrire – attendaient des réformes et des organisations nouvelles dans tous leurs départements techniques et administratifs.
Le problème du personnel médical nécessaire au Corps expéditionnaire d'Indochine à 90% colonial fut résolu par la création des Corps de santé auxiliaires.
Les "Services généraux d'hygiène mobile et de Prophylaxie" à autonomie administrative et financière prirent la charge de la trypanosomose – dans les régions où elle sévissait encore – puis progressivement de toutes les endémies : lèpre, tréponématoses, filarioses, schistosomoses, laissant aux services de l'Assistance médicale un rôle hospitalier statique.
Cette organisation a survécu à toutes les vicissitudes des États africains et de Madagascar ayant accédé à l'Indépendance et à une coopération dont Vaucel avait prévu dans le domaine médico-sanitaire et les cadres et le fonctionnement.

Vaucel accéda aux plus hauts grades militaires, aux grandes instances médico-sanitaires nationales et internationales, aux grandes sociétés scientifiques;
– Médecin Général Inspecteur des troupes coloniales;
– Président du Congrès international de médecine tropicale de 1953;
– Président de la Commission de la santé publique à la conférence africaine de Brazzaville en 1944;
– Expert et consultant de l'OMS;
– Président de la commission de la Lèpre au Ministère de la santé publique;
– Membre du Conseil supérieur d'hygiène publique;
– Président de la Société de pathologie exotique de 1962 à 1966;
– Médaille d'or de la Société de pathologie exotique, 1967;
– Membre de l'Association des microbiologistes de langue française;
– Fellow Honoraire de la Société royale de médecine tropicale et d'hygiène de Londres;
– Membre Associé de l'Académie royale belge des sciences d'outre-mer;
– Membre Honoraire de l'Académie de médecine de Lima (Pérou);
– Grand Officier de la Légion d'Honneur;
– Médaille d'or des épidémies;
– Médaille de la Résistance;
– Commandeur de l'Ordre de Lépold;
– Dignitaire de nombreux Ordres africains et asiatiques.

J'ai rencontré Vaucel pour la première fois au Grand cours de l'Institut pasteur en 1928-1929. Il rentrait alors de Brazzaville et travaillait dans le laboratoire de Félix Mesnil. Affable sans familiarité, réservé, un peu distant, déjà connu par ses recherches, il s'imposait tout naturellement comme un patron.
Je l'ai retrouvé directeur du Service de santé à la fin de la guerre quand s'organisait le Corps expéditionnaire d'Extrême-Orient. Le Médecin-Colonel que j'étais alors, suspect, menacé, aux lendemains incertains, livré aux singulières enquêtes de l'épuration rencontra en Vaucel le plus compréhensif des directeurs et je partis pour l'Indochine. Un an après mon retour, à propos d'un chapitre de son Traité, nous nous heurtâmes. Je crois que dans cette discussion j'avais apporté plus de passion que d'objectivité. La brouille ne pouvait durer, sa main me fut largement tendu : c'était fini.

Tous ceux qui servirent sous les ordres de Vaucel, tous ceux qui travaillèrent avec lui dans les Instituts Pasteur d'Outre-mer ou sur le terrain, gardent le souvenir d'une chef courtois aux ordres précis, calme, toujours égal à lui-même.
Ceux qui l'approchèrent davantage, dans une intimité que sa réserve rendait difficile à percer, découvrirent un homme à la vaste culture éclairée par un humanisme puisé aux pures sources latines.

C'est Vaucel seul qui ramena l'union dans le Corps de Santé Colonial. Bien peu, hélas, surent comme lui comprendre que les affections dans le monde tropical ou en France, au cours de la guerre, ne pouvaient être tenues a priori pour glorieuses ou infâmes, que la géographie seule avait commandé et que le concept manichéen un peu simple des bons outre-mer et des mauvais en France qui nous fit tant de mal, n'était pas acceptable.

L'oeuvre de Vaucel demeure vivante dans tous les domaines où s'exerça son activité: acquisitions définitives ou assises solides pour le futur. Cette oeuvre rappelle à tous les instants et avec tant de force l'homme qui nous a quittés que la parole de l'Apôtre vient naturellement aux lèvres: “Où est ta victoire ô Mort ?”.

Tel fut celui dont je viens d'essayer de retracer, assez mal je le redoute, la magnifique carrière dont les bouleversements de l'après-guerre n'infléchirent jamais la rectitude. Carrière de soldat, de savant, parcourue sans intrigue avec une élégance de grand seigneur.

F. Blanc